Lundi 12 mai 2008
    Bonjour à toutes et à tous,

Je tente un nouvel exercice, proposé par les Impromptus Littéraires.

Il s'agit d'écrire sur le thème du décalage horaire. Je m'y essaye, en toute humilité ! (what else ?)

Ante Sriptum : Je ne serais pas là d'un moment (vacances), merci d'arroser les fleurs et de nourrir les poissons en mon absence... Si il n'y a pas de poissons, merci de nourrir le chat.

Décal(qu)é horaire

    Je suis de tous les décalages : Horaires, anti-horaires, calés, décalés... Je fais partie de la caste des hommes désynchronisés, tantôt  lents, tantard rapides, qui peinent à partir quand d'autres sont déjà arrivés.

    Moins implicite, un récit type d'une journée type d'un type tel que moi :

    Au lever du soir, je me lève à la cool et file me brosser les crocs, énergiquement. Puis arrive le moment du petit déjeuner : bacon, bifteck, brandade et beignet beurré. Plein de vive vitalité vivace, je me dépèche de me rendre à mon gagne-pain, étant déjà en retard de 10 bonnes heures sur l'horaire théorique. Mais le patron étant déjà rentré souper chez lui depuis longtemps, ainsi il n'a jamais remarqué mes retards ou mes grandes avances...

    Souvent sur le trajet du boulot, je passe, dépasse, repasse, enlace de jeunes demoiselles, qui se révèlent en fait déjà amarrées au port de quelque homme enclavé... Moi-même étant marié, je me décale aussi de mes tentatives et j'arrive au boulot stressé par tant d'agressivité amoureuse.

    Je m'installe, seul, à mon outil de production. Le grand atelier vide, je commence par faire le bilan de mon travail. N'ayant encore rien fait, je fais tête basse et essaie de m'éclipser discrètement de cette réunion improvisée. Heureusement, l'absence de responsables hiérarchiques m'évite le blâme : j'ai de la chance. Cette évaluation de ma contribution à l'évolution de la production m'occasionne sensations et émotions quant à ma mission. Je décide, au nom de la préservation de ma santé mentale, de présenter ma démission, qui n'est pas acceptée, personne n'étant présent pour l'approbation.  Sa rédaction m'a pris un temps précieux et je dois accélérer ma cadence. Mais c'est déjà l'heure de la pause méridienne de minuit... Je sors déjeuner au petit restaurant d'en face.

    Assis à une table, j'attend le serveur. Il m'attend aussi. Une guerre psychologique est en route. Je me lève pour l'assommer quand celui-ci me fait remarquer qu'au vu de l'heure, ils ne servent plus de plats ici et me propose en remplacement deux tranches de pains entourées de viande. J'accepte, déçu, et j'accompagne le met d'un petit verre de vin de nos coteaux locaux.
C'est après une dizaine de ces derniers que je retourne à mon travail, enivré et plein de courage démesuré. Ce courage dont je manque généralement lors des négoces d'augmentation, qui n'arrivent jamais, l'un ou l'autre parti rencontrant vraisemblablement des difficultés pour rencontrer son vis-à-vis.

    Je fonce tout droit dans le bureau du patron et tape du poing sur le porte crayon posé sur sa table. Je me blesse bêtement et j'appelle les secours, qui arrivent assez rapidement après une longue attente de quelques minutes interminablement courtes. Ils me transportent à l'hôpital à ma demande alors que je n'ai pas encore mal, mais sait-on jamais, l'hématome me semble inquiétant, plus par son absence que par son éventuelle existence. Accident du travail, arrêt maladie pour la journée. Je reprendrai le boulot le lendemain, enfin ce soir plutôt.

    Rentré chez moi, il est 9 heures du matin. Ma femme est partie au travail, les gosses sont à l'école, je me prépare à me coucher, épuisé, après avoir enfilé mon costard-pyjama et mes santiags. Un verre de jus d'orange, une tasse de café, une canette de boisson énergétique finissent de m'achever... Il est 16 heures et il me reste trois heures à consacrer à Morphée. Je me couche avant que ma famille soit de retour. Je barricade ma porte avec des planches clouées au mur et je m'endors...

    Le téléphone sonne, j'entends ma femme répondre... "C'est ton patron ! Il veut te voir au plus vite ! Et ouvre-moi, les enfants et moi aimerions te voir ! Le médecin est là lui aussi !" qu'elle me hurle au travers de la porte. Moi je dors et s'ils veulent tous tant me voir, ils n'ont qu'à se décaler sur mon calage. Moi je suis calé contre la porte et j'attends l'accalmie des acclamations et des déclamations... J'ai un métier moi ! Je suis imprimeur primé et j'ai la vague impression qu'on veut me couler suite à mes succès enchainés... J'ai posé sur papier nombre d'oeuvres d'humour noir, de thrillers alambiqués, d'histoires absurdes et d'aventures décomposées  Qu'il est difficile d'être décalé dans un monde si codé...

    Au terme de ce récit, ne croyez pas que je fais l'apologie du décalage, qu'il soit horaire ou non ou autre. Simplement, ayez une pensée pour celui qui, décalé malgré lui, cherche désespérément à s'intégrer dans vos journées versées et prosées. Et si trop désespérant il est : décalquez-le !


    Bonne soirée/journée/continuation/chance/courage à vous

    Koroffstrogov
Par Koroffstrogov
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Profil

  • : Koroffstrogov
  • : Homme
  • : 03/06/1985
  • : Sébastien, alias Koroffstrogovski (ou Koroffstrogov voire Koroff pour les intimes).

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